Le Premier ministre australien Anthony Albanese s'exprime lors d'une conférence de presse au sujet de l'attentat antisémite de la plage de Bondi, le 30 avril 2026 à Sydney ( AFP / Saeed KHAN )
Une organisation juive australienne avait averti la police du risque d'attaque terroriste peu avant l'attentat antisémite commis en décembre sur la plage de Bondi, a révélé jeudi la commission d'enquête sur le drame.
Naveed Akram et son père Sajid Akram, tué par la police lors de l'attaque, sont accusés d'avoir ouvert le feu pendant une dizaine de minutes le 14 décembre sur une foule rassemblée pour célébrer la fête juive de Hanouka, faisant 15 morts.
"Un attentat terroriste contre la communauté juive de Nouvelle-Galles du Sud (l'Etat où se trouve Sydney, NDLR) est probable et le niveau d'incitation à la haine antisémite est élevé", avait écrit le Community Security Group (CSG) dans un e-mail envoyé moins d'une semaine avant la tuerie et rendu public par la commission d'enquête.
A l'époque, la police avait, selon l'organisation, répondu qu'elle n'était pas en mesure de mobiliser des agents dédiés en permanence, proposant à la place l'envoi de patrouilles mobiles pour "passer et surveiller l'événement".
Cet échange a été révélé à l'occasion de la publication des conclusions préliminaires de la commission présidée par la juge à la retraite Virginia Bell. Il est rendu public alors que le gouvernement a déjà essuyé de vives critiques après le drame, accusé d'avoir laissé prospérer l'antisémitisme depuis le début de la guerre menée par Israël à Gaza à la suite de l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.
Sous pression et face à l'émotion, le gouvernement avait convoqué en janvier cette commission publique, du plus haut niveau en Australie.
Des personnes se recueillent après l'attentat de la plage de Bondi, le 15 décembre 2025 à Sydney ( AFP / Saeed KHAN )
Naveed Akram a été inculpé de terrorisme et de 15 meurtres pour l'attaque la plus meurtrière en Australie depuis trois décennies.
Il a comparu pour la première fois mi-février, durant environ cinq minutes par liaison vidéo depuis sa prison.
Selon les autorités, l'attentat était inspiré par l'idéologie du groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais les deux hommes n'ont pas reçu d'aide extérieure et ne faisaient pas partie d'une organisation terroriste.
Naveed Akram avait fait l'objet d'une enquête du renseignement australien en 2019 pour ses liens avec le groupe EI.
- Préconisations -
La commission royale d'enquête a également recommandé la refonte des unités de lutte contre le terrorisme, qui "devrait porter sur les structures de commandement, l'intégration des équipes, l'accès aux systèmes ainsi que les modalités de partage d'informations".
La police devrait également envisager de renforcer les dispositifs de sécurité lors des célébrations juives "présentant une dimension publique".
Plusieurs recommandations de la commission touchant à la sécurité nationale et contenant des informations sensibles ou pouvant compromettre des enquêtes en cours ont pour leur part été caviardées.
Alex Ryvchin, un représentant de la communauté juive locale, a admis que les organisateurs de l'événement de la plage de Bondi avaient été frappés par un "sentiment général d'inquiétude" à l'approche de Hanouka.
"C'est la police qui prend les décisions en matière d'allocation des ressources et il semble que cela n'ait pas été fait de manière adéquate", a-t-il jugé auprès du média ABC. "Nous devons comprendre pourquoi ces décisions-ci (...) ont été prises."
Après le drame, le Parlement avait durci en janvier sa législation sur les crimes motivés par la haine et les armes à feu.
Les familles des victimes avaient également écrit une lettre au Premier ministre Anthony Albanese en décembre en demandant "des réponses" et une enquête de niveau fédéral sur les événements.
Jeudi, le Premier ministre de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud a fait amende honorable.
"La plus haute responsabilité du gouvernement d'un Etat est de protéger son peuple, et le 14 décembre de l'an dernier nous n'avons pas fait cela. Nous en assumons la responsabilité aujourd'hui", a déclaré le travailliste Chris Minns à des journalistes.
La police de cet Etat a pour sa part déclaré qu'elle examinerait les conclusions de la commission d'enquête mais décliné les demandes de commentaires du fait des investigations en cours.
La dernière commission royale fédérale en date remontait à 2022. Elle était chargée d'enquêter sur un vaste scandale de demandes de recouvrement de dettes frauduleuses. D'autres commissions s'étaient penchées sur des dysfonctionnements après des affaires de pédocriminalité ou de protection de l'environnement.

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